La permaculture, pour retrouver l’équilibre de la Création

Les évangéliques sont en train de perdre leur climato-scepticisme, révèlent chiffres à l’appui des études statistiques comparées menées aux Etats-Unis en 2014 et 2020 par le Pew Research Center. En Europe, un regain d’intérêt chez les chrétiens pour l’écologie et la défense de l’environnement se manifeste notamment par un attrait croissant pour la permaculture.* La crise du Covid ne fait qu’encourager cet engouement pour le potager, la permaculture et la résilience alimentaire. Preuve d’une sensibilité nouvelle pour la question, les 19 et 20 mars, plusieurs centaines de chrétiens assistaient au webinaire «Des Joseph pour aujourd’hui et pour demain» de l’Ecole Buissonnière.
Une approche naturelle
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Pour David Nadaud, son organisateur, formateur en permaculture, et auteur de Genèse de la permaculture; Dieu, la Terre, le mandat de l’homme (autoédition), plusieurs raisons devraient pousser les chrétiens à y jeter un œil: «La permaculture ne repose pas sur une liste de recettes à appliquer (même s’il y en a), mais sur une découverte du fonctionnement naturel de la création et du soin à y porter.» Ainsi, fort de cette connaissance, le jardinier permaculteur va apprendre à travailler avec les modèles et les forces de la nature plutôt que de lutter contre elle. «Au travers de cet exercice», poursuit David Nadaud, «il pourra apprendre à redécouvrir le fait que notre monde n’est pas le simple produit du hasard, mais la conséquence d’un acte créateur divin, que la Création est merveilleuse et nous parle admirablement du Créateur.»
Le pasteur Eric Toumieux (voir portrait en page 15), qui avec son équipe a reverdi cent hectares de désert au Sénégal et nourrit une soixantaine de familles, abonde. «J’aime beaucoup cette façon d’évangéliser avec la beauté de la nature, la verdure, qui attire.» Dans sa vocation, il se dit fortement inspiré par l’écrivain, paysan et poète américain Wendell Berry, considéré par le New York Times comme «le prophète de l’Amérique rurale» et se décrivant lui-même comme une «personne qui prend l’Evangile au sérieux». «Il a beaucoup écrit sur notre déshumanisation progressive avec l’éloignement du sol», résume Eric Toumieux.
Retrouver un équilibre
Les motivations pour se lancer en permaculture peuvent en effet être multiples: chercher une alimentation de meilleure qualité, obtenir une source de revenus complémentaire, avoir plaisir de produire soi-même ou développer sa sensibilité écologique. «Il y a regain d’intérêt pour le jardin, le jardinage, mais d’une manière différente. La permaculture a une approche respectueuse. Je ne peux qu’être d’accord. Il s’agit de retrouver les équilibres de la Création et peut-être ceux qui existaient dans le jardin d’Eden», déclare Jean-Michel Rey, entrepreneur social et coordinateur du groupe d’agriculteurs chrétiens Solidarité Paysans Romandie.
«Cette alliance est fissurée. L’Eglise peut contribuer à sa restauration. Des axes spirituels existent, tout aussi importants que la permaculture», assure-t-il. Cela passe selon lui par une proximité avec Dieu, une mise à son écoute, une repentance ciblée et une préparation à son appel. Le porte-parole de Solidarité Paysans Romandie se met à disposition des Eglises pour présenter un culte complet sur cette alliance avec le Créateur mais aussi avec le cultivateur et le consommateur qui lui tient tant à cœur.
Vers la résilience alimentaire
«Nous vivons dans une société qui n’a globalement plus conscience de l’importance de l’alimentation pour nos besoins physiologiques, car nos activités sont centrées sur d’autres intérêts, mais il n’en a pas toujours été ainsi», souligne David Nadaud. «Jusqu’à très récemment et dans certaines parties du globe, c’est toujours le cas: la majorité des activités de la journée sont tournées vers l’alimentation, qu’il s’agisse de la produire ou de gagner de quoi se la procurer.»
Pour ce fils de jardinier-paysagiste, la crise sanitaire du Covid agit en révélateur de la fragilité du système alimentaire mondial géré à flux tendu et interdépendant. «Les échanges internationaux ont ralenti, les travailleurs étrangers, stoppés aux frontières, ont manqué dans les champs et dans les serres pour récolter les fruits et légumes. Par conséquent, dans les magasins les prix ont augmenté.»
Beaucoup d’Eglises avaient mis en place des banques alimentaires
Lors de précédentes crises économiques, David Nadaud rappelle que beaucoup d’Eglises avaient mis en place des banques alimentaires permettant de soutenir les familles en difficulté financière. Une œuvre qui perdure et permet de venir en aide à de nombreuses personnes dans le contexte économique actuel.
«Aujourd’hui, Dieu nous demande d’aller plus loin, à titre individuel et collectif, en œuvrant à augmenter la résilience alimentaire de nos territoires», pointe le père de deux enfants. Dans cette optique de résilience, la permaculture seule ne suffit pas, estime Jean-Michel Rey: «Le consommateur doit se rapprocher du producteur. D’autant plus que la permaculture, surtout pour ceux qui débutent, peut mettre plusieurs années avant d’être efficace.»
Cette préservation de la nature et du tissu social rural est importante pour Eric Toumieux, qui a été membre de la mission Wycliffe pendant dix-huit ans. «Si on superpose les cartes géographiques où la biodiversité et les langues sont menacées, celles-ci se superposent. Parce que ça ne pèse pas lourd face à l’argent, au rendement et au profit.»
Nouvel Adam
«La permaculture, qui permet d’utiliser moins d’eau que l’agriculture conventionnelle, de se passer d’engrais chimiques et de pesticides, demande plus de main d’œuvre, ce qui permet de recréer des liens de proximité», assure Eric Toumieux. C’est aussi sa compréhension théologique qui le guide à veiller à préserver la planète et ses habitants: «Je ne crois pas du tout à la théologie de l’anéantissement par le feu. A la fin de l’Histoire, je pense que c’est le nouvel Adam, le Christ, qui remet une terre cultivée, harmonieuse entre les mains du Père. Les chrétiens auront une mission de réparation de la Terre et de sa diversité.»
*La permaculture vise à préserver ou restaurer des écosystèmes et une biodiversité que l’on souhaite durables, permanents. Elle inclut l’être humain et son activité afin de subvenir à ses besoins, notamment en privilégiant les moyens de production et de distribution les moins néfastes sur les plans écologique et social.